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Des ergonomes en situation de handicap

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Comme beaucoup d’ergonomes, nous sommes tous deux titulaires d’un master en ergonomie (qui ne s’appelait pas ainsi en 1999, il s’agissait d’un DESS). Installés en tant que consultants dès 2004, nous sommes beaucoup intervenus sur la question du handicap au travail, construisant petit à petit sur la base de notre expérience notre savoir-faire. Pourtant, lors de nos premières expériences dans une cellule de maintien dans l’emploi au sein d’une médecine du travail (2003-2004), nous nous sommes trouvés désarmés.

 

Pourquoi cette difficulté initiale sur ce secteur du handicap au travail ?

Tout d’abord, notre formation n’abordait pas la question du handicap au travail. Elle a évolué aujourd’hui et propose un module de 20h sur ce sujet, ce qui montre bien qu’il existe un certain nombre voire un nombre certain de spécificités qui méritent d’être expliquées. Nous verrons en détails ces spécificités dans la partie suivante. Des formations spécialisées sont également apparues ces dix dernières années en particulier sur le champ de l’accessibilité numérique (par exemple, il y a aujourd’hui un Master Technologies et Handicap à Paris 8).

Ensuite, le secteur du handicap au travail est un secteur complexe en évolution constante où les acteurs et les acronymes sont nombreux. La loi du 10 juillet 1987 a eu le mérite de créer l’obligation d’emplois de travailleurs handicapés (OETH) et d’associer à cette obligation une contribution financière des employeurs. La machine était lancée et elle va générer un maillage complexe d’intervenants et de modalités d’intervention.

Mais la raison essentielle est qu’en France, la loi encadre l’insertion et le maintien dans l’emploi des travailleurs handicapés. Dans la suite de l’OMS , cette loi précise notamment que : « Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. » (Loi dite « du 11 février 2005 », « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées »). Cette loi met notamment en évidence 3 grands principes :

  • la non discrimination à l’emploi ;
  • la compensation du handicap ;
  • l’accessibilité généralisée ;

Ainsi, l’attente se porte sur une évaluation des incapacités et capacités fonctionnelles restantes et la recherche d’une compensation : « La personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap, quelles que soient l’origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de vie » (Loi dite « du 11 février 2005 »). Notons que ce cadre légal et conceptuel n’est pas propre à la France. Dans ce cadre légal et selon l’AGEFIPH, l’étude ergonomique visant l’aménagement des situations de travail pour travailleurs handicapés se doit de comprendre :

  1. l’évaluation des capacités fonctionnelles : il s’agit d’identifier les potentialités et le degré d’autonomie de la personne, les limites ou risques éventuels liés à sa déficience, en vue d’élaborer ou de valider un projet professionnel, une solution de maintien, un accès à l’emploi ou une formation.
  2. l’identification des techniques de compensation à mettre en œuvre au regard des situations identifiées : cela doit permettre au salarié handicapé et au praticien, de procéder à une analyse des besoins et à des préconisations sur les moyens et les solutions adaptées nécessaires au développement de l’autonomie du travailleur handicapé et à la réalisation des différentes phases d’accompagnement de son projet professionnel d’accès ou de maintien dans l’emploi.

Nous constatons que très généralement le type de compensation attendue de la déficience précédemment évaluée est d’ordre technique.

Cette personne a des douleurs dorsales : changeons son fauteuil. Cette personne distingue mal certains écrits à l’écran : changeons l’écran et installons un logiciel adaptant l’affichage. … etc. 

Cette attente n’est pas propre à une catégorie d’acteurs, elle est dominante et peut même être le fait de la personne en situation de handicap elle-même. Ce modèle a l’avantage de limiter le temps d’étude à l’analyse des limitations fonctionnelles issues de la déficience et le temps de recherche de solution à la découverte d’une réponse technique. Elle a le désavantage de limiter le succès de l’intervention car elle fait l’impasse sur de nombreux autres facteurs essentiels et contraint considérablement l’approche ergonomique.